lundi 25 avril 2011

J'ai pris le train pour traverser la mer (JE)


J'ai pris le train pour traverser la mer.


L'exode a bien souvent le nom d'une autre femme
Laissée sur le quai noir d'une gare désaffectée,
Sous ses yeux rient des années de chemin de fer
et nos mains pleurent.

Parfois,
Les ombres se relèvent et mon coeur bat encore
Mémoire se fait légère, j'oublie le bruit des rails

Et tout revient,
J'ai une idée de tangos au bord d'une mer de plomb
De couleurs lacérées sur une guitare sèche
Un ton raide et amer sous le ciel de Porto.

Je me souviens du monde avant qu'il ne soit né
Surpris sur un rivage, un enfant encore laid
Avant le bruit des vagues et les chansons marines
Avant d'arracher à ses doigts des voyages

J'ai l'idée encore froide de journées sur la baie
Une pluie d'arbres crevés nous hurlant sa sécheresse
Des prénoms parfumés où se marchaient des danses
Où s'allongent fatigués les marchands de pénombre.

Non,
Je n'ai pas voyagé plus loin qu'au bord de mer
J'ai pleuré sous des villes enchantées de lumière
Mais tout était étrangement silencieux

Au petit jour
Les chasseurs revenaient toujours.
Fusils sur l'épaule, ils parlaient à nouveau
Une langue familière. Et mon coeur était brun
Brun comme une cigarette qu'on aurait écrasé
Brun comme la terre sur les rails frissonnant sous le train

Mon coeur est vague
Vague énorme engloutissant le monde
J'ai marché longtemps,
Mais je n'ai pas pu rentrer.

Les bords de mer nous coupent du bout du monde.

La fête triste

27 janvier 2011, premiers mots depuis et avant longtemps

La fête triste (Georges)

Autre monde, un fossé peut-être
Penché sur les autres trous
Noirs sont les bêtes au lendemain
Quand les petit lieux se placent au cœur des grands

Des ombres marchent
Délassées, et longues
Les jambes croisées au dessus du ruisseau
Les enfants vont aussi, pieds liés
Comme les oiseaux moqueurs au delà de leurs cages

Voyez-vous
Comme il fait loin aller sous les pluies de rideaux
Les cœur gonflées et voiles tendues

Pauline a les yeux fous
Lorsque sa bouche se plie, mes poings tombent
Tombent sur ses hanches, hachent son visage
Et les autres s'en vont
Ailleurs
Je ne connais pas leur maison.

Connaissez-vous Nuremberg au petit matin
Avant.
Je ne connais rien si ce n'est l'odeur des pierres grises
De Nuremberg
Les statues, les larmes
La mémoire tenue entre les ruelles
Nuremberg
C'est une autre chanson pour un autre jour,
peut-être
Un autre matin de mains tendues au ciel
Je ne connais pas cette chanson
Je ne connais pas
Demain,
un autre jour peut-être
Aujourd'hui mes dents se sont cassées sur des mots aux contours de glaçon

samedi 25 décembre 2010

Les perroquets sont des menteurs (JE)

Impromptu

Les oiseaux menteurs éveillent parfois nos jours
A coup de mots volés, frappés à nos oreilles

Ils glissent leurs têtes sous nos fenêtres closes
Et murmurent des phrases vides à qui pourra entendre
Les soufflant dans nos bouches sans qu'on puisse les cracher
Perroquets menteurs ne sachant où aller

Nuit.
L'ouverture dangereuse d'un drap habillé
Chaudement sous la nuque d'une nuit sans sommeil
Table de cuisine, doigts brûlants
Une prolongation douce des jours d'anomie
Sans lien, sans plafond, une maison branlante
Où tout tanguait sans fin le long de murs pliés
Nous serrons sans y croire les poignées de métal
Celles-là qui, au petit matin
Briseront sans doute nos phrases fatiguées
Nous reprenons le jour où il était resté

Nous chantons parfois les mots appris sous la lune
Héritées sans savoir d'oiseaux voleurs de nuits
Une pierre coincée entre les dents
Grincement joyeux des lésions matinales.

C'est au plus grave d'une nuit creuse que naissent les fissures
Lorsque les oiseaux rares chantent parmi les loups
Savants voleurs de temps, ils répètent à la lune ce qu'ils savent des jours
Passés à respirer des saveurs impossibles
A prendre de leurs yeux les matins endormis
Les oiseaux savent aller, où ont chu les lunes graves
Où l'attente a su faire un peu d'éternité
C'est au fond de la nuit que naissent les oublis
Sous l'emprise griffée d'une branche de feuilles mortes

Les renaissances ne sont pas histoire d'aube
Les nuits en cave ont des âmes bien longues
Qui savent mieux chanter les démons des matins.
N'allons nous pas coucher, il reste si peu de temps
Pour murer nos esprits à leurs terribles chants.


Jour.
Au lendemain, le jour est encore froid
Il sèche un peu de n'être qu'une déchirure du ciel
Une lésion silencieuse d'un matin impromptu

Les oiseaux pleurent parfois, au temps du petit jour
Leurs larmes de menteurs pansant le jour blessé
Et comme des perroquets nous parlons leur langage
Sans jamais recouvrir les mots justes volés.